Double amarrage en Y sur corde : efforts sur les deux points

Un double amarrage en Y sur corde : un nœud, deux oreilles, deux points. On se dit « chaque point reprend la moitié ». C’est vrai si les deux oreilles sont verticales. Quand elles s’écartent, ça se corse : chaque point reprend de plus en plus, et à plat, la statique ne donne plus de limite. En vrai, la corde s’allonge et le nœud se serre. Cet outil montre ce qui se passe.

Cet outil est une démonstration pédagogique : il donne un ordre de grandeur, pas une valeur garantie. Chez vous, avec votre matériel et votre terrain, il faut éprouver la configuration réelle. Il ne remplace ni la notice du fabricant, ni une note de calcul, ni la décision de la personne responsable sur place.

Pourquoi l’angle compte autant

Le Petit Mémento du Cordiste (FTC, 6e édition) en fait l’un de ses principes : la répartition des forces sur les ancrages doit être prise en compte et les angles gérés. L’effort sur chaque ancrage dépend de l’angle formé à la base des ganses. Plus il est grand, plus l’effort est important.

La statique des élingues rigides donne l’effort T sur chaque ancrage : T = W / (2 × cos(α/2)), avec W la charge et α l’angle entre les ganses. Le tableau donne ce que cela fait pour une charge de 100 daN.

Retenez le repère : à 120°, chaque ancrage reprend toute la charge. Au-delà, il reprend plus que la charge elle-même, et à plat (180°) la formule ne donne plus de limite.

Angle entre les gansesEffort sur chaque ancrage (charge de 100 daN)
30°52 daN
60°58 daN
90°71 daN
120°100 daN
160°288 daN

Théorie et pratique : les mêmes résultats ?

Jusqu’à 120°, oui. Au-delà, non. Voici le même testeur de 82 kg, pendu à un Y en corde de 9 mm, comparé à la formule des élingues rigides (essais EFS–Petzl de 2015) :

Angle à videThéorie (élingue rigide), par pointMesuré, par pointMême résultat ?
45°44 daN45 daNOui, à quelques % près
60°46 daN48 daNOui, à quelques % près
120°80 daN76 daNOui, à 6 % près
180° (à plat)aucune limite≈ 100 daN, soit 1,2 fois le poidsNon : la théorie n’a plus de réponse

Jusqu’à 120°, la statique suffit : elle colle aux mesures, aux incertitudes de mesure près (environ 5 %). Dans l’outil, à 120° à vide, le « au plus » égale la charge, comme l’élingue rigide.

Outil Double amarrage en Y réglé à 120° à vide pour 100 kg : angle sous charge 107°, chaque point reprend 0,82 kN en probable et 0,98 kN au plus, comme une élingue rigide.
Y à 120° à vide, 100 kg : le « probable » est à 0,82 kN par point, le « au plus » égale la charge (0,98 kN).

À plat, la statique s’effondre : à 180°, une élingue rigide verrait la force devenir immense. La corde, elle, ne l’est pas : elle s’allonge, le nœud se serre et l’angle se ferme.

Outil Double amarrage en Y réglé à plat (180° à vide) pour 100 kg : angle sous charge 134°, chaque point reprend 1,25 kN en probable et 1,53 kN au plus, alors que l'élingue rigide donne un effort infini.
Y à plat (180° à vide), 100 kg : l'angle se ferme à 134°, chaque point reprend 1,25 kN, là où l'élingue rigide donnerait l'infini.

Pourquoi la pratique s’écarte de la théorie à plat

Le Mémento le précise : ces valeurs sont théoriques, sur un système statique et sans nœud. Quand le cordiste se met en poids, les nœuds se serrent, la corde s’étire, l’angle diminue, et les efforts diminuent avec lui. Dans les essais, un Y à plat se ferme vers 135° sous charge. Le Mémento conseille de réduire autant que possible l’angle à la base des ganses, en prévenant qu’agrandir les oreilles peut poser d’autres problèmes : facteur de chute, manque d’ergonomie.

Le nœud compte aussi

À 80° avec 62 kg, un nœud centré donne 40 et 40 daN, un nœud totalement décalé donne 14 et 56 daN : la théorie suppose un nœud au milieu et ne voit pas cette différence.

Comment utiliser l’outil

  1. Placez les deux points : écartement, hauteur de l’un par rapport à l’autre. Vous pouvez faire glisser les points A, B et le nœud.
  2. Réglez l’angle à vide entre les brins, brins juste tendus et sans charge.
  3. Entrez la masse suspendue, ou l’effort au nœud.
  4. Lisez l’effort sur chaque point, le point le plus chargé, l’angle sous charge et la descente du nœud.
  5. Comparez trois lectures : « probable » (corde et nœud réels, calés sur les essais), « au plus » (statique jusqu’à 120°, jamais moins que la charge au-delà), et l’élingue rigide.

À retenir

  • Un Y ne se calcule pas comme une élingue : la corde s’allonge, le nœud se serre, l’angle se ferme.
  • Plus l’angle entre les brins est grand, plus chaque point est chargé. En théorie (élingues rigides), à 120° chaque point reprend la charge entière.
  • Une sangle ou une cordelette très raide, posée à plat, charge beaucoup plus les points qu’une corde.
  • Un nœud décalé charge davantage un point que l’autre.

Pour aller plus loin : le modèle

Source des essais : G. Monvoisin, P.-B. Laussac et J.-L. Front, « Répartition des efforts en fonction des angles d’un double amarrage en Y », Info EFS n° 63, 2015, p. 45-52 (corde de 9 mm, testeurs de 56 à 82 kg).

Chaque brin s’allonge selon la loi de la corde, plus un serrage du nœud. Pour un Y symétrique d’angle à vide α0, l’équilibre s’écrit sin(α/2) = sin(α0/2) / (1 + ε(T) + σ) et 2 T cos(α/2) = W ; l’outil en cherche la solution unique. La loi de corde est calée sur les essais Petzl de tyrolienne. Le serrage du nœud (3,73 %) est calé sur un seul testeur à 180° et dépend de la longueur des oreilles, que l’article ne publie pas.

Pour un Y à plat, l’effort ne dépend ni de l’angle ni de la longueur des oreilles, mais du poids et de la raideur de la corde : il croît comme W2/3 pour une corde linéaire et W4/5 pour une corde réelle.

Les limites du modèle

  • Le modèle est calé sur peu d’essais : une corde de 9 mm, cinq testeurs. Une autre corde, un autre nœud ou d’autres oreilles peuvent donner d’autres valeurs.
  • La charge est statique : pas de choc ni de facteur de chute.
  • Ce n’est pas un contrôle de la résistance des points ni du nœud.

Prêt à essayer ? Double amarrage en Y sur corde