Vous passez la corde dans un mousqueton pour décaler votre poste de travail, ou pour la protéger d’un petit frottement. Ce mousqueton est accroché à un ancrage, la déviation. Une question simple : combien cet ancrage supporte-t-il, et qu’est-ce qui le fait varier ? La réponse tient en un mot : l’angle.
Cet outil est une démonstration pédagogique : il donne un ordre de grandeur, pas une valeur garantie. Chez vous, avec votre matériel et votre terrain, il faut éprouver la configuration réelle. Il ne remplace ni la notice du fabricant, ni une note de calcul, ni la décision de la personne responsable sur place.
L’idée en une image
Tant que la corde passe droit, elle ne fait que frôler la déviation. Dès qu’elle tourne, elle appuie sur l’ancrage : les deux brins de corde le tirent chacun de leur côté, et leurs efforts s’additionnent. Plus le virage est serré, plus l’ancrage de la déviation encaisse. Quand la corde fait demi-tour complet, les deux brins tirent dans le même sens : l’ancrage reprend deux fois la tension.
La règle du Mémento : ne pas dépasser environ 20°
Le Petit Mémento du Cordiste (FTC, 6e édition) conseille de ne pas dépasser environ 20° entre la corde et la verticale. Deux raisons : éviter une force trop importante sur la déviation, et garder une déviation facile à franchir. Au-delà de 20°, le franchissement devient délicat et, si la déviation lâche, le pendule est important. À 20°, l’ancrage reprend un peu plus d’un tiers de la tension : la déviation reste légère.
Le Mémento rappelle aussi une autre règle : si la rupture de la déviation vous exposerait à un risque sérieux (retour au sol, obstacle, frottement intolérable), il faut un fractionnement irréprochable.
Quelques repères
Prenons 100 kg au bout de la corde, soit environ 98 daN de tension. Voici ce que reprend l’ancrage de la déviation, selon de combien la corde change de direction.
À 60°, la déviation reprend exactement autant que la charge. Au-delà, elle reprend plus que ce que vous pesez au bout de la corde.
| Angle de déviation | Effort sur la déviation, par rapport à la tension | Pour 100 kg sous la corde |
|---|---|---|
| 20° | 0,35 fois | ≈ 34 daN |
| 30° | 0,52 fois | ≈ 51 daN |
| 60° | 1 fois | ≈ 98 daN |
| 90° | 1,4 fois | ≈ 139 daN |
| 120° | 1,7 fois | ≈ 170 daN |
| 180° | 2 fois | ≈ 196 daN |
Comment utiliser l’outil
- La scène est en place : l’amarrage principal en haut, la déviation sur le côté, la charge dessous.
- Entrez la charge, en kilos ou en effort.
- Réglez l’angle de la déviation. Dans l’outil, c’est la longueur de la longe de la déviation qui le fixe : plus elle est courte, plus la corde est déviée.
- Lisez l’effort sur la déviation, et celui sur l’amarrage principal, avec ses repères en kN et en daN.
À retenir
- Une déviation légère (jusqu’à 20° environ) coûte peu à l’ancrage.
- Plus l’angle augmente, plus l’ancrage de la déviation est chargé. À 60°, il reprend autant que la charge.
- L’amarrage principal, lui, reprend toujours la tension de la corde : seule sa direction change.
- Une déviation qui casse, c’est un pendule : plus l’angle est grand, plus il est violent.
Pour aller plus loin : la formule
Soit δ le changement de direction de la corde et T la tension, la même dans les deux brins. L’effort R sur l’ancrage de la déviation vaut R = 2 T sin(δ / 2). C’est la somme de deux forces égales qui font un angle entre elles. Pour une charge suspendue, T = m × g, avec g = 9,80665 m/s².
Ce n’est pas la formule d’un double amarrage en Y : voir le double amarrage en Y sur corde.
Les limites du modèle
- Tout est statique : pas de choc, pas de chute.
- La déviation est idéale : pas de frottement, même tension dans les deux brins, poids de la corde ignoré.
- L’outil montre ce que fait l’angle. Il ne prédit pas les tensions d’une installation réelle, et ne vérifie pas la résistance du support.
Prêt à essayer ? Déviation : l’angle de la corde et l’ancrage

